Une erreur fréquente consiste à dénommer toutes les pratiques martiales japonaises sous le terme générique d’ « arts martiaux traditionnels ». En effet, aux trois grandes périodes de l'histoire japonaise correspondent trois dénominations de pratiques martiales : kobujutsu, kobudô, budô.

1. Les kobujutsu, ou arts martiaux traditionnels, sont rattachés aux périodes de guerres civiles intenses ayant eu lieu entre le début du IXe et la fin du XVIe siècle. Ces systèmes de combat créés pendant les périodes de guerres par des guerriers pour des guerriers permettent, par la pratique intense, les entraînements austères et les rencontres fréquentes avec la mort, d'atteindre un état permettant de "transcender la vie et la mort" (seishi wo choetsu). Parvenir à cet état conduisait le pratiquant à l'éveil spirituel.


2. Les kobudô, ou disciplines martiales traditionnelles, sont rattachées aux 250 ans de paix forcée imposés par l'autorité centrale de la famille des shogun Tokugawa, entre le début du XVIIe à la fin du XIXe siècle. Ces disciplines conservent les valeurs culturelles, sociales et spirituelles des guerriers classiques. Elles permettent de développer au moyen d’un entraînement austère (shugyô) une dimension et une énergie physique, mentale, et spirituelle nécessaires pour agir en tant qu'exemple moral pour le reste de la société. Le but n'est plus ici la recherche à tout prix de l'efficacité absolue dans l'art de tuer mais la réalisation personnelle (encore liée à un grand souci de précision technique).


3. Les budô, ou voies martiales, marquent l’ouverture au monde moderne et l’internalisation de ces traditions depuis le XIXe siècle. Orientées vers des idéaux d'éducation physique permettant de pratiquer un art culturel associant un entraînement physique et une discipline morale, mentale et spirituelle de haut niveau, elles placent, pour certaines d’entre elles, la compétition (shiai) dans une position centrale. L’aikido, le judo, le karatedo, le kendo, le kyudo constituent quelques exemples de voies martiales.

Léguées par leurs créateurs il y a plusieurs siècles et testées sur les champs de bataille, les techniques de ces traditions sont essentiellement basées sur l'entraînement au maniement des différentes armes classiques japonaises.

Au moyen d'une répétition inlassable des mouvements de base (kihon) et des formes d'entraînement pré-arrangées (kata), le pratiquant acquiert une connaissance profonde et familière due à l'expérience personnelle directe à travers l'action. De plus, un entraînement suffisamment long et sincère l’amènera au-delà d'une simple expertise technique, par un processus remodelant son corps et son esprit, à la perception d'un sentiment de paix intérieure et de sécurité.

Pour y parvenir, chaque tradition a élaboré un cursus particulier. A titre d’exemple, Tatsumi-ryû présente un curriculum de techniques de combat à mains nues appelé yawara, plus communément connu sous le terme de jujutsu.

Le yawara de Tatsumi-ryû comprend un grand nombre de situations et de techniques, ainsi que l'utilisation d'armes et de techniques de réanimation. La partie non armée du cursus traite du contrôle des articulations (gyakuwaza), d'immobilisation (kimewaza), d'étranglement (shimewaza), de projection (nagewaza), de frappe (atemi, keri). Les techniques sont exécutées à genoux (igumi) ou debout (tachiai). Lorsqu’il a atteint un certain niveau, le pratiquant aborde les techniques avancées, les combinaisons et les techniques en armure (kumiai).

Au Japon, deux concepts indissociables définissent la pratique martiale traditionnelle :
gihô (
技法): la loi technique
shinpô (
j法) : la loi du cœur et de l'esprit.


Si gihô représente un travail technique précis, rigoureux et soutenu, shinpô renvoie à une intense démarche intérieure suivant l'enseignement initiatique interne propre à chaque école. Ainsi gihô et shinpô sont-ils complémentaires et indissociables : le premier servant d'instrument incontournable pour pénétrer les arcanes du second et en affiner la compréhension.


Si gihô mène à l'expertise, seule l'adjonction de shinpô permet au pratiquant d’atteindre la maîtrise.

Bien que samurai soit utilisé de nos jours de façon générique, le vrai terme pour désigner le guerrier aristocratique du Japon protoféodal et féodal, du 9e au 19e siècle, est bushi (« homme de guerre »).


La classe des bushi se forma peu à peu au cours de l'ère Fujiwara (898-1185). Parmi les nombreux rangs de bushi dépendant du statut officiel, du mérite martial et de la préséance liée à la faveur du shogun (dirigeant militaire suprême), celui de samurai (« celui qui sert ») était un des moins élevés puisqu’il constituait une classe d'officiers subalternes et de soldats à son service. C'est probablement à partir du 14e siècle que le terme samurai vint à se généraliser.


Le type parfait du guerrier japonais qui a inspiré l'histoire et la littérature japonaise en tant que modèle idéal de la vertu et de la discipline martiale fut le guerrier classique professionnel florissant sous le bakufu de Minamoto Yoritomo (premier gouvernement entièrement dirigé par des guerriers professionnels) établi à Kamakura à la fin du 12e siècle.


Ces guerriers classiques,
pour lesquels l'honneur devait être sans tâche, étaient des hommes de très grande valeur morale prônant la suprématie du sens des devoirs sur les droits, encourageant la fidélité jusqu'à la mort et les vertus telles que la franchise, la loyauté, la bravoure, la générosité.