Sumie

 Le sumie, 墨絵, c’est-à-dire la « Peinture à l’encre », ou plus exactement le suibokuga, 水墨画, la « Peinture à l’eau et à l’encre », a vu le jour en Chine avec la Peinture des lettrés (文人画, bunjinga en japonais) avant de fleurir au Japon. Comme l’indiquent les idéogrammes 水, « eau », 墨, « encre », et 画, « peinture », la Peinture à l’encre est un art pictural jouant sur l’harmonie de l’encre et de l’eau, c’est-à-dire sur les valeurs de l’encre, son humidité et sa sécheresse, et reposant comme la calligraphie sur le maniement du pinceau.

 L’art de la Peinture à l’encre ne consiste pas à peindre d’après nature, mais d’après un paysage mental. La nature n’y est pas représentée de façon figurative, telle qu’elle se donne à voir sous sa forme extérieure ; elle est saisie dans son principe même. Ainsi les paysages peints à l’encre sont des compositions picturales ayant un caractère profondément poétique, philosophique ou spirituel. L’art de la Peinture à l’encre repose par conséquent moins sur un métier que sur une grande culture, et l’on ne s’étonnera pas que ses meilleurs représentants soient des érudits, des lettrés ou encore des moines Zen.

 Enfin, au Japon, le sumie s’est développé de façon originale non seulement comme la peinture des lettrés et des moines Zen par excellence, mais s’est aussi enrichi au contact de la peinture japonaise polychrome, le Yamato-e, 大和絵. Enfin, associé à la poésie des haiku calligraphiés par leurs auteurs, le sumie, désigné sous le nom de haiga, 俳画, connaît une nouvelle forme d’expression en accord avec la sensibilité japonaise.